L
e mot du Secrétaire Général


Il est encore possible de financer la création d'entreprise au Congo.


Paul KAMPAKOL,
Secrétaire Général du Forum
des Jeunes Entreprise
du Congo.


Même le Forum des Jeunes Entreprises qui a été crée pour aider les personnes qui le désirent à créer leur propre entreprise, en mettant en place un dispositif d’accompagnement, n’arrive plus à financer la création d’entreprise. J’entends par création d’entreprise, le processus qui consiste à recevoir une personne ayant ou pas d’idée, à l’aider à faire une démarche intérieure pour commencer à discerner ses capacités propres à se lancer, à l’aider à effectuer des premiers tests pour voir la réaction du marché, à monter avec lui son dossier de financement, à lui permettre d’accéder au financement et à l’accompagner tout en effectuant des ajustements nécessaires pour lui garantir le succès et la réussite. Ce travail nous l’avons fait de 1989 à 1998. Avec des moyens et de l’expertise limités, mais notre dispositif a été efficace grâce à l’appui des partenaires étrangers.

Depuis la fin des crises qui ont secoué notre pays entre 1997 et 2003, le Gouvernement de la République a eu à mettre au cœur de sa politique, l’insertion économique et la diversification de l’économie par la promotion et le soutien des petites et moyennes entreprises, source, pense t-on , de création d’emplois. Nous avons salué l’arrivée de plusieurs programmes allant dans ce sens et, croyions nous, venus valoriser et capitaliser tout le travail que les structures d’appui nationales ont abattu depuis plus de 10 ans. Nous croyions que le Gouvernement, en mettant en place ces projets et programmes, venait à juste titre, combler le trou laisser par les partenaires étrangers qui avaient besoin de temps et de stabilité pour revenir au Congo. Mais hélas !
Hélas, car nombreux de ces programmes pour lesquels nous avons très souvent été impliqués à la phase de conception, ont été très loin de répondre aux attentes des potentiels créateurs.

Depuis les programmes d’urgence post-conflit comme le DDR (désarmement, démobilisation, réinsertion) destinés à favoriser la réinsertion des ex-combattants par l’apprentissage et l’auto-emploi, jusqu’au PADE (programme d’appui à la diversification de l’économie) en passant par bien d’autres initiatives et programmes privés d’appui à la petite entreprise, plus rien n’intègre la dimension création comme il se doit. Entre l’illogisme des appuis et l’incompétence des équipes souvent constituées des personnes qui certes intelligentes, mais généralement ignorantes des réalités entrepreneuriales, ces projets et programmes ne viennent plus que creuser le fossé entre les gens motivés à créer leurs entreprises et les opportunistes qui s’installent pour consommer ces fonds. Le cas le plus fragrant est celui du fonds d’appui à l’agriculture dont le ministre en personne ne s’est pas gêné de reconnaître que les dilapidateurs se trouvaient parmi les ministres, les généraux, les députés et autres hauts fonctionnaires de l’Etat. Bref !

Entre temps, tous les nouveaux porteurs de projets à la quête de soutien sont abandonnés à eux-mêmes. Dieu sait que la grande partie de la jeunesse congolaise a tourné le dos à la fonction publique. Les jeunes que nous rencontrons sont dotés d’une forte motivation à terminer leurs études, travailler dans les entreprises privées pour acquérir de l’expérience afin de finir comme patron de leurs propres entreprises. Mais ils ne trouvent aucun accompagnement sur le plan national.

S’il n’y avait le programme d’aide à la réinsertion par la création d’entreprise dirigé par l’Office français de l’immigration et de l’intégration pour accompagner les africains désireux de rentrer dans leur pays d’origine à se réinsérer par l’entreprise, nous aurions toujours douter de la capacité des jeunes à se lancer dans l’entreprise, à prendre le risque, et à réussir.

Par ce programme, le Fjec a de nouveau jouer son rôle. En 3 ans de partenariat avec l’Ofii Cameroun, 17 personnes ont été accueillies, n’ayant qu’une idée très vague de ce qu’elles voudront faire dans ce pays qu’elles ont quitté depuis pas mal de temps.

15 ont fini par ajuster leurs idées et obtenir un financement d’un montant de 3.700.000 Fcfa par projet, non remboursable, alors que 2 ont désisté.
Si sur 3 ans, le taux de réussite est resté de l’ordre de 80% soit 3 échecs sur 15, et ce grâce à deux mesures à savoir (i) le caractère non remboursable de ce financement car il s’agit d’un risque de départ et (ii) le caractère obligatoire de suivi sur une année. Il nous est déjà arrivé d’écrire que les créateurs d’entreprises ont besoin tout à la fois des subventions et des crédits. La subvention permet de supporter la pression née du stress de l’aventure et le crédit crée un défi à relever.

Nous l’avons vu, il est encore possible de financer la création d’entreprise, à condition de mettre en place ou soutenir les dispositifs professionnels qui intègrent à la fois la formation, l’accompagnement, la recherche-action, les subventions et les crédits. Car nul ne s’engagera à créer une entreprise dans un contexte déjà difficile comme le Congo, à cause de son classement doing business, s’in doit déjà supporter le poids d’une dette mal agencée par ce que accordée seulement par les établissements de micro finance ou les banques commerciales, à très court terme.

Paul KAMPAKOL
Secrétaire général du Fjec

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